En République Démocratique du Congo, le lieu où doit se tenir le dialogue national annoncé par le président Félix Tshisekedi continue de diviser la classe politique et la société civile. La participation éventuelle des groupes armés à ces discussions aussi.
L’opposition réclame un dialogue à l’extérieur du pays avec la participation des groupes armés, mais le pouvoir insiste pour l’organiser en RDC et sans ces mouvements. Une partie de la société civile estime, elle, que leur présence est indispensable pour espérer un retour durable de la paix.
Le lieu du dialogue, premier point de discorde
L’opposition dit vouloir contribuer à une sortie de crise, mais elle affirme ne pas avoir confiance en un dialogue organisé sur le territoire congolais, à cause notamment de préoccupations sécuritaires.
« A Kinshasa, comme vous le savez, les conditions ne sont pas réunies. Toute l’opposition souhaiterait que ce dialogue se tienne à l’extérieur, dans un pays qui offrirait toutes ces conditions-là. Je pense que la médiation est à même de consulter les parties prenantes pour trouver un consensus sur ces pays-là », explique Franklin Tshiamala, secrétaire général du Leadership et Gouvernance pour le Développement, le LGD, de l’ancien Premier ministre Augustin Matata Ponyo.
Le pouvoir fixe ses lignes rouges
Depuis le début des conflits dans l’est de la RDC, plusieurs initiatives de paix se sont tenues hors du pays : à Lusaka, Addis-Abeba, Sun City, Nairobi, Kampala, Luanda, Doha et Washington. Mais les autorités de Kinshasa rejettent l’idée d’un dialogue national à l’étranger.
« Je ne trouve pas, à mon avis, une raison qui justifierait que le dialogue soit déporté de l’intérieur à l’extérieur du pays. Le plus important pour moi reste la volonté qu’a affiché le chef de l’Etat de réunir tous les enfants de la RDC autour d’une seule table pour trouver des solutions au pays aujourd’hui assujetti par les affres de la guerre », souligne Joseph Bulabula, cadre du parti présidentiel.
Quant aux groupes armés, et notamment l’AFC/M23, l’Union pour la démocratie et le progrès social, l’UDPS du président Tshisekedi, ne les considère pas comme des interlocuteurs valables. Dans tous les cas, martèle Joseph Bulabula : « A ce jour, aucune communication officielle n’a précisé la liste des participants. Mais ce qui est vrai, on ne veut pas dialoguer avec ceux qui ont pris des armes pour tuer les Congolais. »
La société civile plaide pour un dialogue réellement inclusif
La société civile, elle, ne s’oppose pas à un dialogue organisé en RDC, mais elle plaide pour une participation réellement inclusive. Pour Néné Bintu Iragi, présidente du bureau de coordination de la société civile du Sud-Kivu, exclure les groupes armés compromettrait les chances d’une paix durable.
Elle s’interroge a haute voix : « Dès lors qu’on a dit que le dialogue sera inclusif, je ne vois pas un groupe armé qui pourrait être exclu. Les gens devraient beaucoup plus s’apaiser et préparer leurs revendications. On assiste souvent à des discussions entre politiciens comme s’il n’y avait que des politiciens qui doivent participer au dialogue. La société civile, où est sa place ? »
La coalition d’opposition Article 64 a suspendu ses actions de pression et donne jusqu’au 15 août au président Félix Tshisekedi pour convoquer le dialogue national.
Avec DW

