Deal minier Etats-Unis – RDC : les illusions déjà perdues ? (Africa Intelligence)

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Un an après l’annonce d’un accord minier entre Washington et Kinshasa, la révolution annoncée n’a pas eu lieu. La raison ? Deux visions opposées d’un partenariat présenté comme stratégique.

Beaucoup de bruit pour rien ? À Washington comme à Kinshasa, beaucoup ont voulu voir dans le partenariat portant sur l’exploitation des minerais critiques, signé le 27 juin 2025, le début d’un basculement géopolitique en Afrique centrale. Après une décennie au cours de laquelle la Chine a affermi son emprise sur les mines congolaises, les États-Unis semblaient vouloir reprendre pied dans la Copperbelt. Grâce à cet accord, avait affirmé Donald Trump, Washington obtenait une « grande partie des droits miniers du Congo». Un an plus tard, le contraste entre promesse politique et réalité industrielle est saisissant.

Certes, Kinshasa a transmis aux autorités américaines une liste de permis miniers – une quarantaine – susceptibles d’intéresser des investisseurs. Mais dire que l’engouement desdits investisseurs reste limité est un euphémisme. Seules quelques entreprises – KoBold Metals et Virtus Minerals, essentiellement – ont manifesté de l’intérêt. La RDC détient pourtant à elle seule près de la moitié des réserves mondiales connues de cobalt, un minerai d’une importance stratégique pour la transition énergétique.

Faut-il en conclure à l’échec du « deal minier » ? Sans tirer de conclusion hâtive, une chose est sûre :  Washington et Kinshasa n’ont jamais poursuivi le même objectif.

Trump et Tshisekedi : deux agendas différents

Pour l’administration Trump, ce partenariat devait avant tout marquer le retour américain dans la région, face à une Chine entreprenante. L’objectif était clair : sécuriser l’accès aux minerais critiques et réduire, ainsi, la dépendance des États-Unis aux chaînes d’approvisionnement dominées par Pékin.

Le gouvernement de Kinshasa, lui, espérait attirer des capitaux américains pour faire de ses ressources minières un levier diplomatique. Le président Félix Tshisekedi avait en effet écrit à son homologue américain pour lui proposer « un partenariat de 3.000 milliards de dollars » entre les compagnies minières publiques des deux pays. En contrepartie, il espérait obtenir de Washington des garanties sécuritaires et un appui diplomatique pour faire pression sur le Rwanda, soutien des rebelles du M23.

Le cas de Rubaya résume les ambiguïtés de ce partenariat. En proposant cette mine de coltan du Nord-Kivu aux investisseurs américains alors qu’elle était sous le contrôle du M23, Kinshasa ne cherchait pas seulement un opérateur minier, mais espérait faire des ressources de l’est du pays un sujet de coopération sécuritaire avec Washington. Gentry Beach, PDG du fonds d’investissement American First Global, et qui passe pour un proche du président américain depuis qu’il a joué un rôle central dans sa campagne électorale, en 2016, avait un temps manifesté son intérêt pour la mine.

Mais les considérations géopolitiques ne suffisent pas à déclencher une envie d’investissement minier. Lorsqu’elles font une analyse du risque, les entreprises évaluent avant tout la stabilité politique, la sécurité juridique, la qualité des infrastructures, l’accès à l’énergie, les conditions fiscales et la capacité à exploiter un gisement pendant plusieurs décennies. Cette réalité explique pourquoi les annonces politiques ne se sont pas transformées en vague d’investissements.

L’exemple de KoBold Metals et de Virtus Minerals

La première année du partenariat a aussi révélé que les États-Unis ont davantage saisi une occasion politique qu’élaboré une stratégie industrielle à l’égard de la RDC. Malgré l’appel du président Donald Trump, les grandes compagnies minières américaines sont restées prudentes. À leur place, des acteurs plus petits ont profité de l’ouverture diplomatique créée par Washington et Kinshasa.

L’exemple de KoBold Metals et de Virtus Minerals en est l’illustration. Ces entreprises, dont l’expérience dans l’exploitation minière est limitée, ont bénéficié d’un contexte politique favorable, soutenu par des réseaux d’influence proches de l’administration Trump. KoBold a ainsi obtenu sept permis d’exploitation de lithium autour de Manono ; Virtus a racheté les actifs de Chemaf, un producteur de cuivre et de cobalt lourdement endetté. Leur présence en RDC témoigne moins d’un retour en force de l’industrie minière américaine que de la capacité de certains acteurs à profiter d’un soft power diplomatique.

Cette première année rappelle donc une réalité fondamentale : les États peuvent négocier des partenariats, afficher des ambitions communes et multiplier les annonces. Ils ne décrètent jamais une décision d’investissement.

Pour fonctionner, le partenariat entre Washington et Kinshasa devra donc dépasser le malentendu initial. Tant que la vision du président Trump et celle de Félix Tshisekedi ne convergeront pas, le « deal minier» restera davantage une promesse politique qu’une révolution industrielle.

Avec Econews

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