Riposte contre Ebola : Judith Suminwa exige un audit des fonds mobilisés et veut mettre fin aux zones d’ombre de la gestion de la crise

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Après une mission d’évaluation dans les provinces de l’Ituri et de la Tshopo, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka hausse le ton face aux dysfonctionnements observés dans la riposte contre Ebola. Lors du Conseil des ministres tenu à Kamina, elle a exigé un rapport exhaustif sur l’utilisation des financements mobilisés par le Gouvernement et les partenaires internationaux, tout en ordonnant l’apurement des arriérés des équipes de terrain et le renforcement du dispositif sanitaire. Une démarche qui relance le débat sur la gouvernance des fonds d’urgence en République démocratique du Congo.

Une riposte sous pression

La lutte contre la 17ᵉ flambée d’Ebola entre dans une phase décisive. Alors que l’épidémie continue de toucher les provinces de l’Ituri et de la Tshopo, le Gouvernement veut désormais s’assurer que les ressources mobilisées pour endiguer la maladie sont utilisées conformément à leur objectif.

Au cours de la 95ᵉ réunion du Conseil des ministres, organisée vendredi à Kamina (Haut-Lomami), la Première ministre Judith Suminwa Tuluka a demandé au ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale, Samuel-Roger Kamba, de produire un rapport détaillé sur les financements engagés dans la riposte.

Ce document devra retracer les contributions de l’État et des partenaires techniques et financiers, préciser leur affectation, évaluer les dépenses déjà réalisées et présenter une programmation budgétaire des actions à venir.

Cette exigence intervient après une mission de terrain effectuée par la cheffe du Gouvernement dans les provinces les plus affectées par l’épidémie.

Un décalage entre les financements et la réalité du terrain

Selon plusieurs témoignages recueillis au cours de cette mission, les besoins restent considérables malgré les importantes ressources annoncées depuis le déclenchement de l’épidémie.

Les équipes de surveillance épidémiologique, les laboratoires, les centres de traitement, les campagnes de vaccination, la sensibilisation communautaire et l’assistance humanitaire nécessitent des financements constants. Pourtant, sur le terrain, de nombreux acteurs évoquent des retards dans le décaissement des fonds et des difficultés à maintenir les opérations.

Ce contraste entre les montants mobilisés et les difficultés observées nourrit depuis plusieurs semaines des interrogations sur la gouvernance des ressources affectées à la riposte.

Sans mettre directement en cause des responsables, Judith Suminwa souhaite obtenir une vision complète de la chaîne de financement afin de renforcer la transparence et la redevabilité.

Les équipes de première ligne attendent toujours leurs rémunérations

L’une des préoccupations majeures exprimées par la Première ministre concerne la situation des personnels engagés quotidiennement contre Ebola.

Médecins, infirmiers, biologistes, logisticiens, équipes de surveillance et agents communautaires continuent d’intervenir dans des zones à haut risque, parfois sans avoir perçu l’intégralité de leurs rémunérations.

Le Gouvernement a ainsi demandé que les arriérés soient rapidement apurés sur la base des listes harmonisées avec la nouvelle coordination de la riposte installée en Ituri.

Pour l’Exécutif, la régularisation de ces paiements constitue une condition essentielle au maintien de l’efficacité des opérations sur le terrain.

Une crise sanitaire aggravée par les déplacements de populations

Au-delà des questions financières, Judith Suminwa attire l’attention sur les facteurs susceptibles d’accélérer la propagation du virus.

Les mouvements de populations provoqués par l’insécurité, la promiscuité dans certains sites de déplacés ainsi que la fragilité des infrastructures sanitaires augmentent les risques de transmission.

Le Gouvernement estime que ces éléments imposent une réponse multisectorielle associant les ministères de la Santé, des Affaires sociales ainsi que les autorités provinciales concernées.

Des propositions opérationnelles sont attendues afin d’améliorer la prise en charge des communautés vulnérables et de renforcer les mécanismes de prévention.

Renforcer durablement les capacités nationales

La Première ministre ne souhaite pas limiter l’action gouvernementale à la seule gestion de l’urgence.

Elle a demandé que la stratégie nationale de lutte contre Ebola intègre le développement de centres d’excellence capables de renforcer durablement les capacités de diagnostic, de recherche, de formation et de réponse rapide face aux futures épidémies.

L’objectif affiché est de réduire la dépendance aux dispositifs exceptionnels mis en place à chaque nouvelle flambée et d’améliorer la résilience du système de santé congolais.

Transparence et gouvernance au cœur de la riposte

Au-delà des mesures sanitaires, cette initiative traduit une volonté politique de renforcer le contrôle des fonds publics destinés aux situations d’urgence.

Les crises sanitaires en République démocratique du Congo ont régulièrement été accompagnées de débats sur la gestion des financements mobilisés auprès de l’État et des partenaires internationaux. En réclamant un état détaillé des dépenses et une meilleure traçabilité des ressources, Judith Suminwa place désormais la question de la gouvernance au même niveau que celle de la réponse médicale.

Pour de nombreux observateurs, cette exigence de reddition des comptes pourrait contribuer à restaurer la confiance des partenaires techniques et financiers, tout en rassurant les populations sur l’utilisation des ressources mobilisées pour lutter contre Ebola.

Les défis des prochaines semaines

Alors que la riposte se poursuit dans l’est du pays, plusieurs priorités se dégagent : accélérer le paiement des équipes de terrain, renforcer la surveillance épidémiologique, améliorer la prise en charge des personnes exposées et garantir une gestion transparente des financements.

La publication du rapport demandé au ministre de la Santé devrait permettre d’éclairer la répartition des ressources engagées depuis le début de la 17ᵉ flambée et d’orienter les prochaines décisions du Gouvernement dans un contexte où chaque retard ou défaillance peut avoir des conséquences directes sur la santé des populations.

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