TRIBUNE | Dialogue national inclusif : volonté politique ou simple stratégie de temporisation ?

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L’annonce d’un futur dialogue national inclusif par le président Félix Tshisekedi, relayée successivement par les confessions religieuses puis par le gouvernement, a immédiatement suscité l’espoir chez certains et le scepticisme chez d’autres. Dans un pays où les crises politiques se règlent souvent autour d’une table de négociation, l’initiative apparaît, à première vue, comme une opportunité de décrispation. Mais derrière les déclarations officielles, une question demeure : assistons-nous à une véritable volonté politique de rassembler les Congolais ou à une manœuvre destinée à gagner du temps face à une contestation grandissante ?

Un contexte qui interroge

Le timing de cette annonce n’est pas anodin.

Depuis plusieurs semaines, la tension politique montait d’un cran. La coalition de l’opposition C64 préparait une marche nationale pour le 22 juillet afin de dénoncer la gouvernance actuelle et réclamer des réformes politiques. Dans le même temps, l’Union sacrée annonçait également une mobilisation le même jour.

Le risque de confrontation était réel. Deux camps politiques opposés, deux manifestations annoncées à la même date, dans un contexte déjà marqué par la guerre dans l’Est, les difficultés économiques et les tensions sociales.

C’est précisément à ce moment qu’est apparue l’initiative du dialogue.

Le résultat est connu : l’opposition a finalement suspendu sa marche et accordé un moratoire au pouvoir jusqu’au 15 août pour concrétiser l’organisation de ce dialogue.

Cette séquence politique suffit à alimenter les interrogations.

Le précédent congolais

L’histoire politique de la RDC invite naturellement à la prudence.

Depuis la Conférence nationale souveraine jusqu’aux accords de Sun City, en passant par le dialogue de la Cité de l’Union africaine ou encore les discussions facilitées par la CENCO en 2016, les dialogues ont souvent été utilisés à deux fins distinctes : résoudre une crise ou repousser son échéance.

Dans plusieurs cas, les négociations ont permis d’éviter des affrontements et de dégager des compromis. Dans d’autres, elles ont surtout servi à désamorcer une pression politique immédiate sans apporter de réponses durables aux problèmes soulevés.

Aujourd’hui, beaucoup d’observateurs se demandent dans quelle catégorie se rangera le dialogue annoncé.

L’ambiguïté du mot « inclusif »

Le principal point d’interrogation réside dans la définition même du dialogue.

Les confessions religieuses parlent d’un dialogue national inclusif entre les fils et filles du Congo. Une formule qui, dans son acception la plus large, suppose la participation de toutes les composantes de la société : majorité, opposition, société civile, exilés politiques et même certains acteurs directement liés au conflit.

Le gouvernement, lui, a déjà fixé des limites.

Le ministre de la Communication, Patrick Muyaya, a récemment expliqué que l’inclusivité concernait les Congolais qui reconnaissent l’agression dont le pays est victime. Une précision qui exclurait de facto ceux que le pouvoir considère comme complices ou alliés des groupes armés.

Cette divergence n’est pas anodine.

Elle révèle que le débat ne porte pas seulement sur l’organisation du dialogue, mais également sur l’identité de ceux qui seront autorisés à y participer.

Or, l’histoire des processus de paix montre qu’un dialogue trop sélectif risque de perdre sa raison d’être.

Une volonté réelle ou un pari sur le temps ?

Pour les partisans du chef de l’État, l’initiative traduit une volonté sincère de rassembler les Congolais autour de l’objectif prioritaire qu’est la défense de la souveraineté nationale face à l’agression extérieure.

Dans cette lecture, le dialogue serait un instrument de cohésion nationale destiné à renforcer le front intérieur dans un contexte de guerre.

Pour les critiques du régime, une autre hypothèse mérite d’être examinée.

L’annonce du dialogue est intervenue au moment précis où la pression politique augmentait. Elle a eu pour effet immédiat de suspendre les manifestations annoncées et de replacer le débat sur le terrain institutionnel.

Autrement dit, sans même avoir commencé, le dialogue a déjà produit un premier résultat politique : l’apaisement temporaire de la contestation.

Dès lors, certains y voient davantage une stratégie de temporisation qu’une véritable dynamique de réconciliation nationale.

Le test du 15 août

Au fond, la réponse à cette interrogation ne viendra pas des discours mais des actes.

Si, dans les prochaines semaines, un cadre clair est défini, si les modalités sont connues, si les invitations sont envoyées et si les garanties de participation sont établies, l’hypothèse d’une volonté politique réelle gagnera en crédibilité.

En revanche, si les annonces se multiplient sans calendrier précis ni mécanisme concret, les soupçons de manœuvre dilatoire risquent de s’accentuer.

L’échéance du 15 août fixée par la C64 constitue à cet égard un premier test politique.

Entre espoir et méfiance

La RDC se trouve aujourd’hui à un carrefour.

Le pays a besoin d’un dialogue capable de produire des solutions durables aux défis sécuritaires, politiques et sociaux qui le traversent. Mais il a également besoin d’éviter que le mot « dialogue » ne devienne une formule politique supplémentaire, utilisée pour reporter les problèmes plutôt que pour les résoudre.

La réussite de l’initiative dépendra donc moins de son annonce que de sa capacité à convaincre les différentes parties qu’il ne s’agit ni d’un exercice de communication ni d’une opération de gain de temps.

Car dans un pays marqué par de nombreux dialogues inachevés, l’inclusivité ne se proclame pas : elle se démontre. Et c’est précisément sur ce terrain que le pouvoir sera attendu dans les semaines à venir.

Par la Rédaction – Kiosque Monde

 

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