Crash de Kenge : où est passé l’aérodrome ?

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17 morts, des questions qui dérangent et une enquête qui doit aller jusqu’au bout

Le drame aérien qui a coûté la vie à 17 personnes ne doit pas s’arrêter aux condoléances officielles. Il pose une question brutale à la République : comment une ville comme Kenge a-t-elle pu se retrouver sans infrastructure aérienne opérationnelle au moment où un avion en difficulté cherchait une issue ?

L’avion de Tracep Congo Aviation s’est écrasé le 25 septembre 2026 à Kenge, chef-lieu du Kwango. Selon les informations communiquées après l’accident, l’appareil avait quitté Kikwit à destination de Kinshasa et aurait rencontré des difficultés en vol avant de s’écraser dans une parcelle. Le bilan communiqué fait état de 17 morts. Une enquête de sécurité et une enquête judiciaire ont été ouvertes.

Mais derrière le crash, une autre histoire apparaît : celle de l’ancien aérodrome de Kenge.

Un aérodrome disparu

Pendant des années, Kenge disposait d’une infrastructure aéronautique. Aujourd’hui, le site n’est plus opérationnel et serait en partie occupé.

La société civile du Kwango demande que toute la lumière soit faite sur les conditions dans lesquelles l’ancien aérodrome aurait été désaffecté et vendu. Des responsables locaux avancent d’autres explications, évoquant notamment l’occupation du site et des projets de remplacement qui n’auraient pas abouti.

Qui dit vrai ? C’est précisément ce que l’enquête doit établir. Il faut retrouver les actes administratifs, les décisions de désaffectation, les éventuelles autorisations de cession, les documents fonciers et les correspondances entre les autorités provinciales, la RVA et l’administration de l’aviation civile.

Une question essentielle doit être posée : si l’ancien aérodrome devait disparaître, où était l’infrastructure appelée à le remplacer ?

Le crash n’est pas encore expliqué

Attention toutefois à ne pas tirer des conclusions avant les enquêteurs. L’absence d’une piste opérationnelle à Kenge ne permet pas, à elle seule, d’affirmer qu’elle est à l’origine du crash. Il faut d’abord déterminer ce qui s’est passé à bord de l’appareil : panne éventuelle, état technique, maintenance, conditions de vol, décisions de l’équipage, communications avec les services de contrôle et trajectoire suivie.

Mais si l’enquête confirme que l’équipage cherchait effectivement à effectuer un atterrissage d’urgence à Kenge, l’état des infrastructures disponibles dans la ville deviendra nécessairement un élément majeur à examiner.

Une urgence aérienne se prépare avant qu’elle ne survienne.

Qui doit rendre des comptes ? La question des responsabilités ne doit pas être réduite à celle du pilote ou de la compagnie aérienne. Il faudra examiner la responsabilité de chacun des maillons de la chaîne : la compagnie, la maintenance, les services de contrôle, l’Autorité de l’aviation civile, la RVA et, le cas échéant, les autorités provinciales et foncières.

Qui devait contrôler ? Qui devait entretenir ? Qui devait autoriser ? Qui devait alerter ? Qui savait que Kenge ne disposait plus d’une infrastructure adaptée ? Et surtout, qui devait agir ?

L’enquête judiciaire devra déterminer s’il existe des fautes ou infractions. L’enquête de sécurité devra, elle, établir les causes et les facteurs ayant conduit à l’accident.

Pas de coupable désigné d’avance, mais pas d’oubli non plus. La République n’a pas besoin d’un bouc émissaire. Elle a besoin de vérité. Si aucune faute n’est établie, il faudra le dire clairement.

Si des négligences, violations des règles, défaillances administratives ou responsabilités individuelles sont établies, il faudra également les assumer et en tirer les conséquences.

Le pire scénario serait que le temps fasse disparaître les questions comme il a fait disparaître l’ancien aérodrome.

Kenge doit devenir un électrochoc

Le drame pose finalement une question beaucoup plus large : dans quel état se trouve le dispositif de sécurité de l’aviation intérieure congolaise ? Combien d’aérodromes provinciaux sont opérationnels ? Combien peuvent servir de solution de secours ? Les infrastructures existantes sont-elles régulièrement inspectées ? Les compagnies respectent-elles toutes les exigences techniques ? Les autorités disposent-elles des moyens suffisants pour contrôler efficacement le secteur ?

Kenge impose que ces questions ne restent plus dans les tiroirs des administrations. Des vies ont été perdues. Le minimum que l’État leur doit est une enquête complète, transparente et indépendante, suivie de décisions.

Car après Kenge, il ne suffira plus de demander : « Comment l’avion s’est-il écrasé ? » Il faudra aussi demander : « Qu’avons-nous laissé se dégrader avant le crash ? » Et surtout : « Qu’allons-nous changer avant le prochain drame ? ».

Avec Chronik’Eco

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