Dépenses, marchés d’assainissement, travaux immobiliers, engagements financiers et gouvernance : des agents et cadres réclament un examen approfondi de plusieurs dossiers. La Direction générale est attendue sur des explications, tandis que la SNEL met en avant ses chantiers de modernisation.
À la Société nationale d’électricité (SNEL SA), l’heure du premier bilan approche. Un an après la nomination de Teddy Lwamba Muba à la tête de l’entreprise, le débat ne porte plus seulement sur les ambitions affichées pour redresser l’opérateur national. Il se déplace désormais vers une question centrale : que valent les mécanismes de contrôle et de transparence dans la gestion de la société ?
Nommé directeur général le 20 septembre 2025, Teddy Lwamba avait succédé à Fabrice Lusinde. Ingénieur électromécanicien et ancien directeur général adjoint de la SNEL, il avait alors reçu la responsabilité de poursuivre les chantiers destinés à améliorer l’accès à l’électricité et à moderniser l’entreprise.
Depuis, plusieurs initiatives ont été mises en avant par la société. La SNEL communique notamment sur la modernisation de ses infrastructures, l’amélioration de la desserte et le renforcement de ses capacités opérationnelles. En août 2026, Teddy Lwamba effectuait encore une tournée dans le Haut-Katanga pour inspecter plusieurs infrastructures stratégiques, dont le poste de Karavia, où des travaux de modernisation sont en cours.
Mais derrière cette communication institutionnelle, des voix internes demandent aujourd’hui que la lumière soit faite sur plusieurs opérations.
Pumbu : que coûte réellement le chantier ?
Le premier dossier cité concerne une résidence de la SNEL située avenue Pumbu, dans la commune de la Gombe.
Selon des sources internes, des interrogations portent sur l’ampleur des travaux réalisés ou envisagés sur ce site. Ceux-ci auraient dépassé le cadre d’une simple réhabilitation et comprendraient notamment la construction d’un immeuble ainsi que l’aménagement d’infrastructures de loisirs, dont un terrain de tennis, un terrain de basketball et une piscine.
À ce stade, ces informations ne sont pas établies par des documents publics consultés.
C’est précisément ce qui alimente les demandes d’explications. Des agents souhaitent connaître le coût total du projet, l’entreprise ou les entreprises chargées de l’exécution, les modalités de passation du marché, les autorisations délivrées et la source des financements.
Autrement dit, la question posée en interne est simple : quels travaux ont été autorisés, pour quel montant et selon quelle procédure ?
Assainissement : des contrats qui interrogent
Autre dossier au cœur des préoccupations : les marchés d’assainissement.
Selon des sources internes citées dans le dossier, une société aurait auparavant assuré ces prestations pour environ 27 000 dollars américains par mois. Deux autres prestataires auraient ensuite été intégrés, pour des montants avoisinant chacun 30 000 dollars mensuels.
Ces montants restent à vérifier.
Ils appellent notamment à un examen des contrats, des factures, des bons de commande, des prestations effectivement exécutées et des paiements réalisés.
Si ces chiffres étaient confirmés par les pièces comptables, la question de l’évolution des coûts et de la justification des prestations mériterait alors une analyse approfondie. Dans le cas contraire, l’audit permettrait également d’écarter des chiffres inexacts ou incomplets.
Gouvernance : le spectre des conflits d’intérêts
Les interrogations ne s’arrêtent pas aux dépenses.
Des sources internes évoquent également de possibles liens entre certains administrateurs et des fournisseurs ou prestataires de la SNEL. Un autre dossier concerne une livraison présumée de transformateurs dans le Kongo Central qui aurait impliqué, selon ces mêmes sources, des personnes appartenant à l’entourage familial d’un administrateur.
Il s’agit, à ce stade, d’allégations qui doivent être documentées.
La question fondamentale est celle de la conformité aux règles de gouvernance : les procédures de sélection ont-elles été respectées ? Les personnes concernées avaient-elles des intérêts directs ou indirects dans les opérations ? Les mécanismes de prévention des conflits d’intérêts ont-ils été appliqués ?
Seul l’examen des documents officiels permettrait de répondre à ces interrogations.
Un audit pour sortir du soupçon
C’est dans ce contexte que certains agents et cadres réclament l’intervention des organes de contrôle compétents, notamment l’Inspection générale des finances (IGF) et la Cour des comptes.
Leur demande porte sur un examen plus large que les seuls dossiers de Pumbu ou d’assainissement.
Ils souhaitent notamment que soient examinés :
- les marchés publics et contrats de prestation ;
- les travaux immobiliers ;
- les dépenses d’assainissement ;
- les emprunts et engagements financiers ;
- la situation des dettes de l’entreprise ;
- les procédures de passation des marchés ;
- les opérations susceptibles d’affecter la trésorerie ;
- les éventuels conflits d’intérêts.
L’enjeu est de taille. Pour une entreprise stratégique comme la SNEL, un audit ne servirait pas uniquement à rechercher d’éventuelles irrégularités. Il permettrait également de séparer les faits des rumeurs, les dépenses justifiées des dépenses contestées et les responsabilités établies des accusations non démontrées.
Le débat sur la succession de Teddy Lwamba s’invite déjà
Dans les couloirs de l’entreprise, certains agents vont plus loin et réclament un changement de cap.
Des voix évoquent même le retour de Fabrice Lusinde, ancien directeur général de la SNEL, comme une option susceptible, selon ses partisans, de contribuer au redressement de l’entreprise.
Cette revendication relève toutefois d’une position exprimée par certains agents. Elle ne constitue pas, en elle-même, une évaluation indépendante des deux périodes de gestion.
Le débat est d’autant plus sensible que la SNEL demeure confrontée à des défis structurels considérables : production, transport, distribution, pertes techniques et commerciales, maintenance des infrastructures et amélioration de la desserte.
Entre modernisation et exigences de transparence
La direction de Teddy Lwamba peut, de son côté, faire état de plusieurs chantiers.
En mai 2026, la SNEL annonçait notamment la mise en service de l’alimentation électrique de Kikwit à partir de la centrale de Kakobola, présentée par la société comme une étape importante pour l’amélioration de la desserte dans cette partie du pays.
En septembre 2026, la SNEL et le gouvernement provincial de Kinshasa ont également conclu un accord portant sur le renforcement de l’éclairage public dans la capitale.
La société met par ailleurs en avant une stratégie de transformation baptisée CAP 2030, centrée notamment sur la modernisation des infrastructures, la digitalisation des services et l’amélioration de la fiabilité de l’approvisionnement électrique.
Ces éléments constituent le volet institutionnel du bilan. Mais ils ne répondent pas, à eux seuls, aux interrogations financières et administratives soulevées en interne.
La balle est désormais dans le camp de la Direction générale
À l’approche du premier anniversaire de la nomination de Teddy Lwamba, la question n’est donc plus seulement celle des annonces ou des projets.
Elle est aussi celle de la traçabilité des décisions, de la transparence des marchés et de la responsabilité dans l’utilisation des ressources de la SNEL.
La Direction générale est désormais attendue sur plusieurs points précis : le coût des travaux de l’avenue Pumbu, les entreprises intervenantes, les procédures de sélection, les autorisations accordées, le financement des opérations et les contrats d’assainissement.
Un audit indépendant permettrait surtout de sortir du terrain des accusations croisées.
Car dans une entreprise aussi stratégique que la SNEL, la transparence ne devrait pas être perçue comme une menace pour la gestion : elle devrait être l’un de ses instruments de crédibilité.
Pour l’heure, les interrogations demeurent. Les documents, eux, sont appelés à parler.
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