HRW accable le régime de Kinshasa pour la répression sanglante du 12 juin

La colère gronde et les blessures saignent encore. Une semaine après le sit-in meurtrier du 12 juin, Human Rights Watch lâche un rapport accablant : les forces de sécurité congolaises ont frappé, matraqué et gazé sans pitié des manifestants qui osaient simplement dire « non ». Non à un projet de loi qui pue la forfaiture. Non à une prolongation du mandat de Félix Tshisekedi, que le peuple n’a pas demandée.

Les images tournent en boucle sur les réseaux sociaux. Des jeunes, des femmes, des militants pacifiques, traqués dans les rues de Kinshasa, asphyxiés par des nuages de gaz lacrymogène, roués de coups par des matraques anonymes. Certains, pourchassés jusque dans leurs propres bastions, ont trouvé refuge au siège de l’ECiDé. L’enceinte du parti de Martin Fayulu a été prise d’assaut, saccagée. Une scène de guerre, pas de maintien de l’ordre.

Selon Human Rights Watch, plus d’une dizaine de blessés graves sont à déplorer, dont plusieurs figures de proue de l’opposition. Des arrestations arbitraires par dizaines viennent alourdir un bilan déjà intolérable. La répression a laissé des traces indélébiles, non seulement sur les corps, mais aussi dans la conscience nationale.

La Force du Progrès : la milice du pouvoir en première ligne

Mais la honte ne s’arrête pas là. L’organisation internationale pointe du doigt ce qu’elle qualifie de « complicité active » : les fameux militants de la Force du Progrès, groupe musclé inféodé à l’UDPS, le parti du Président. Selon HRW, ces nervis ont été mobilisés pour étouffer dans l’œuf toute contestation.

Des témoignages accablants, recueillis par les enquêteurs, font état de consignes venues d’en haut. Le parti au pouvoir, lui, botte en touche. Il ose parler d’« usurpateurs » et de « faux militants » qui se seraient fait passer pour les siens. Une défense qui fait sourire jaune sur les boulevards de la capitale. Car comment croire que des hommes armés de matraques, agissant en pleine coordination avec les forces de l’ordre, n’étaient que des « intrus » ?

Dans une tentative désespérée de sauver les apparences, l’UDPS soutient désormais que les auteurs des attaques se sont fait passer pour des membres de la Force du Progrès. Une thèse que les vidéos vérifiées par Human Rights Watch contredisent formellement.

« Les images sont là, elles parlent d’elles-mêmes. Il est temps que le pouvoir cesse de prendre les Congolais pour des imbéciles », souffle un habitant de Kinshasa, témoin des affrontements. La machine à nier s’enraye, mais le mal est fait. Le régime, qui promettait l’alternance démocratique en 2019, renoue avec ses vieux démons : l’intimidation, la force brute, le bâillon.

Une enquête « maison » ou une justice indépendante ?

Face au scandale, le Gouvernement a promis une enquête. Une enquête interne, évidemment. Autant demander au bourreau de s’auto-flageller. C’est pourquoi Human Rights Watch, d’une voix ferme, exige ce que tout État de droit digne de ce nom ne devrait jamais refuser : une enquête indépendante, impartiale, pour que les responsables – depuis le gradé qui a donné l’ordre jusqu’au militant qui a frappé – répondent de leurs actes devant la justice.

« Les autorités congolaises doivent enquêter de manière indépendante et impartiale sur ces violences et veiller à ce que les responsables, où qu’ils se trouvent, répondent de leurs actes », martèle l’organisation. Une mise en garde qui sonne comme un ultimatum adressé à un pouvoir de plus en plus isolé.

Le 22 juillet prochain, la principale coalition de l’opposition, le C64, a appelé à une nouvelle marche de protestation, imposant une nouvelle épreuve au pouvoir en place à Kinshasa.

Benny L.

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