Alors que les habitants de Kinshasa suffoquent sous le poids de la crise économique et circulent chaque jour sur un réseau routier défoncé, l’Hôtel de ville semble avoir choisi ses priorités : multiplier les prélèvements plutôt que réparer les infrastructures. En imposant un deuxième contrôle technique obligatoire des véhicules pour le second semestre 2026, le Gouverneur Daniel Bumba Lubaki donne l’impression de privilégier une logique de recettes au détriment des véritables préoccupations des Kinois. Une décision qui suscite l’indignation, tant elle paraît déconnectée de la réalité d’une capitale où l’état catastrophique des routes est lui-même la principale cause de la dégradation des véhicules.
Alors que les routes de la capitale ressemblent à des champs de mines et que les Kinois luttent chaque jour pour survivre, le Gouverneur Daniel Bumba ordonne un nouveau contrôle technique obligatoire. Une mesure absurde qui sent l’arnaque à plein nez.
C’est officiel. Les Kinois ont jusqu’au 8 août 2026 pour soumettre leurs véhicules à un nouveau contrôle technique. Le deuxième en l’espace de six mois. Une décision tombée comme un couperet, signée par le Directeur général de la Régie des fourrières et de contrôle technique des véhicules de Kinshasa (RFCK), sous l’œil bienveillant de son chef hiérarchique, le Gouverneur Daniel Bumba Lubaki.
Mais dans une ville où les nids-de-poule sont plus nombreux que les lampadaires, où les routes bitumées se comptent sur les doigts d’une main, une telle mesure ne relève plus de la logique administrative. Elle confine au ridicule. Pire, à l’indécence.
Des routes en ruines, des contrôles en hausse : la double absurdité
Kinshasa, mégapole de plus de 17 millions d’âmes, est une ville blessée. Ses artères principales sont crevassées, ses quartiers populaires transformés en bourbiers dès la première pluie. Les Kinois passent leur temps à slalomer entre les trous béants, à prier pour que leur suspension tienne le choc, à maudire ces routes qui dévorent les pneus comme une bête affamée.
C’est précisément l’état des routes – ce n’est un secret pour personne – qui use et abîme les véhicules. Plus la chaussée est dégradée, plus les voitures souffrent. Logique élémentaire. Alors, au lieu d’investir massivement dans la réhabilitation du réseau routier, l’Hôtel de ville choisit la facilité : multiplier les contrôles techniques. Comme si c’était les Kinois, et non les routes, qui étaient responsables de la dégradation de leurs propres véhicules.
Une arnaque juridique à ciel ouvert
Pour justifier cette extorsion en règle, la Régie des fourrières s’appuie sur un arrêté du Vice-Premier ministre en charge des Transports, Jean-Pierre Bemba Gombo. Un texte qui impose le contrôle technique semestriel, deux fois par an. Mais à Kinshasa, cet arrêté est appliqué avec une rigidité qui défie le bon sens, sans aucune considération pour la réalité du terrain.
« C’est une mascarade », s’insurge un mécanicien du quartier Limete. « Nos clients viennent déjà avec des voitures abîmées par les trous. On les répare tant bien que mal. Et maintenant, on doit en plus payer un deuxième contrôle ? Avec quel argent ? »
Le calcul est simple : chaque contrôle technique coûte de l’argent. Des centaines de milliers de francs congolais que les Kinois – déjà étranglés par l’inflation, le chômage et la vie chère – doivent débourser. Pour quoi ? Pour un cachet sur un papier qui ne rendra pas les routes plus praticables.
L’Hôtel de ville tourne le dos aux urgences
Pendant que les autorités urbaines multiplient les taxes et les contrôles, les Kinois, eux, continuent de s’enfoncer dans une misère noire. Les transports en commun sont défaillants, les taxis usés jusqu’à la corde, les conducteurs précaires. À qui profite cette nouvelle mesure ? Pas aux citoyens, en tout cas.
Si le Gouverneur Daniel Bumba et son équipe avaient un tant soit peu le souci du peuple, ils consacreraient leur énergie et leur budget à réparer les routes, à désengorger les artères principales, à faciliter la mobilité urbaine. Mais non. À l’Hôtel de ville, on préfère la facilité : ponctionner, taxer, contrôler.
« On nous prend pour des vaches à lait », déplore un père de famille rencontré à la place Victoire, dans la commune de Kalamu. « Les routes sont impraticables, les hôpitaux sont vides de médicaments, les Kinois sont habitués à faire le pied. Mais eux, ils pensent au contrôle technique ! »
Quand l’insouciance devient mépris
Cette décision est bien plus qu’une simple mesure administrative. Elle révèle un profond mépris des autorités urbaines pour la détresse quotidienne des Kinois. Elle témoigne d’une insouciance coupable, d’une déconnexion totale entre un gouverneur qui signe des arrêtés depuis son bureau climatisé et une population qui peine à joindre les deux bouts.
À quand un contrôle technique pour les routes elles-mêmes ? À quand une évaluation de l’état des chaussées, des ponts, des axes stratégiques de la capitale ? Là est la vraie urgence. Pas de tracasser davantage les automobilistes, déjà épuisés par les embouteillages monstres, les prix exorbitants du carburant et l’insécurité routière.
Les Kinois ne sont pas dupes. Ils savent que derrière ce deuxième contrôle technique se cache une opération de ravitaillement des caisses de la ville. Mais à force de pressurer le peuple, les autorités risquent de provoquer une explosion de colère.
« Ce n’est pas avec des contrôles techniques qu’on répare nos routes », martèle un habitant de Masina. « Qu’ils commencent par asphalter nos artères, qu’ils nettoient nos caniveaux, qu’ils éclairent nos avenues. Après, on parlera de contrôle technique. »
Le deuxième contrôle technique de l’année 2026 est un affront de plus. Une goutte d’eau qui fait déborder un vase déjà plein de rancœur et d’amertume.
Les Kinois ont jusqu’au 8 août pour s’y soumettre. Mais beaucoup, déjà, annoncent qu’ils boycotteront cette mesure qu’ils jugent inique. « Je n’ai pas d’argent pour cette mascarade », tranche un chauffeur de taxi. « Qu’ils viennent me saisir, je n’ai plus rien à perdre. »
Avec Econews

