À l’approche des concertations annoncées pour tenter de trouver une issue aux crises politico-sécuritaire que traverse la République démocratique du Congo, la plateforme « Sauvons la RDC », proche de l’ancien président Joseph Kabila Kabange, fixe ses conditions de participation. Elle exige notamment une médiation neutre, un dialogue hors du territoire national et refuse que Félix Tshisekedi en assure le pilotage.
Le débat autour du futur « Dialogue national inclusif » prend une nouvelle tournure. Alors que les consultations se poursuivent autour de cette initiative portée notamment par les confessions religieuses, la plateforme « Sauvons la RDC », liée à l’ancien chef de l’État Joseph Kabila, a rendu publiques ses exigences pour participer au processus.
Dans un communiqué signé par Moïse Nyarugabo, coordonnateur du Secrétariat technique de la plateforme, la structure affirme être favorable à l’idée d’un dialogue destiné à répondre à la « crise multidimensionnelle » que traverse le pays. Mais elle conditionne sa participation au respect de sept préalables qu’elle considère comme indispensables pour garantir la crédibilité des discussions.
Une médiation internationale exigée
Premier point de blocage : le pilotage du dialogue. « Sauvons la RDC » réclame une médiation qu’elle qualifie de neutre et indépendante, avec l’implication de l’Union africaine et des Nations unies.
Pour cette plateforme, les futures discussions ne peuvent être conduites par une partie directement impliquée dans les tensions politiques actuelles. Elle rejette ainsi toute initiative qui serait « commanditée, organisée, dirigée ou placée sous l’autorité du président Félix Tshisekedi ou de son gouvernement ».
L’argument avancé est que le chef de l’État, considéré par le mouvement comme « principal protagoniste » de la crise politique actuelle, ne pourrait pas être à la fois acteur du processus et garant de son impartialité.
Un dialogue hors de la RDC et sans exclusion
Deuxième exigence majeure : la tenue des assises dans un pays tiers. Selon « Sauvons la RDC », un cadre extérieur permettrait de garantir davantage de sécurité, de sérénité et de participation pour toutes les sensibilités politiques.
La plateforme plaide également pour un dialogue réellement inclusif, réunissant « toutes les parties prenantes à la crise », sans exclusion ni sélection préalable.
Elle estime par ailleurs que les discussions doivent s’appuyer sur des termes de référence, un calendrier précis et un ordre du jour définis par consensus, afin d’éviter un processus limité à des échanges de façade.
Des décisions contraignantes et des mesures de décrispation
Au-delà du cadre organisationnel, le mouvement proche de Joseph Kabila réclame que les conclusions du dialogue aient une portée obligatoire pour toutes les parties prenantes.
Parmi les autres conditions figurent des mesures de décrispation politique : libération des prisonniers considérés comme politiques, retour des exilés, levée des restrictions visant certains partis d’opposition, accès équitable aux médias publics et dissolution de la « Force du progrès ».
Cette dernière structure est régulièrement accusée par des opposants et certaines organisations de défense des droits humains d’être un instrument de pression politique. Les autorités congolaises ont, de leur côté, défendu l’existence de mécanismes de mobilisation politique autour des institutions.
Le référendum constitutionnel dans le viseur
La plateforme demande également l’abandon de tout projet de référendum constitutionnel avant la tenue du dialogue. Pour ses responsables, une telle initiative risquerait d’alimenter les suspicions sur un éventuel agenda politique caché.
Cette position intervient alors que le débat sur une éventuelle réforme constitutionnelle continue de susciter des réactions contrastées dans la classe politique congolaise.
Un processus déjà confronté à plusieurs lignes rouges
La sortie de « Sauvons la RDC » intervient dans un contexte politique particulièrement sensible, marqué par les tensions sécuritaires dans l’est du pays et les divergences autour des conditions d’organisation du futur dialogue.
Du côté du pouvoir, une ligne rouge demeure affichée : l’exclusion du processus des personnalités accusées d’être liées à la rébellion de l’AFC/M23.
Pour ses partisans, Joseph Kabila avait déjà utilisé le dialogue politique comme un outil de sortie de crise et de préservation de la stabilité nationale. Mais les conditions posées aujourd’hui par son camp pourraient constituer un obstacle important à un rapprochement avec les autres acteurs politiques.
Un pari difficile pour les initiateurs du dialogue
Si le principe d’un dialogue national inclusif semble recueillir un certain écho dans une partie de la classe politique et de la société civile, les divergences sur son format, ses participants et son pilotage restent profondes.
La capacité des acteurs congolais à trouver un compromis sur ces questions déterminera largement les chances de réussite de ces futures concertations. Entre exigences de neutralité, impératifs de souveraineté et enjeux sécuritaires, le dialogue annoncé apparaît déjà comme un exercice politique particulièrement délicat.
Par la Rédaction

