Étiage du fleuve Congo : la perte de 205 MW fait planer le risque de délestages accrus à Kinshasa

La Société nationale d’électricité (SNEL) affirme avoir atteint un niveau historique de production électrique grâce à la réhabilitation de plusieurs groupes des centrales d’Inga. Toutefois, la baisse exceptionnelle du niveau des eaux du fleuve Congo et de la rivière Inkisi, en cette saison sèche, a entraîné une perte de plus de 200 MW, avec des conséquences directes sur l’alimentation électrique de Kinshasa. Ces explications ont été fournies par l’ingénieur Makap A Muteb, responsable de la production à la SNEL, lors d’un entretien accordé à la presse.

Selon ce responsable, les efforts engagés depuis fin 2025 sous la direction du directeur général de la SNEL, Teddy Luamba, ont permis d’accroître significativement les capacités de production de l’entreprise. Le retour en service du groupe 5 d’Inga II en novembre 2025, suivi de la remise en exploitation du groupe 1 d’Inga I en février 2026, a apporté un supplément de 212 MW au réseau national.

« Aujourd’hui, nous avons atteint une pointe de production de 1 572 MW dans le complexe de production Ouest, comprenant Inga, Zongo et Sanga. C’est un record historique jamais enregistré depuis 1972 », a déclaré l’ingénieur Makap A Muteb.

Il a notamment souligné qu’Inga II fonctionne actuellement avec sept groupes disponibles sur les huit installés, une performance inédite selon lui. De même, cinq des six groupes d’Inga I restent opérationnels, tandis qu’un autre est en cours de réhabilitation.

Une baisse inquiétante du niveau des eaux

Malgré ces avancées, la SNEL fait face à une situation préoccupante liée à l’étiage. Depuis le 6 juin dernier, le niveau du fleuve Congo connaît une baisse continue qui affecte directement les installations hydroélectriques.

Pour préserver les équipements, trois groupes d’Inga I ont dû être arrêtés temporairement, représentant une perte d’environ 155 MW. À cela s’ajoute l’arrêt d’un groupe de la centrale de Zongo II sur la rivière Inkisi, soit 50 MW supplémentaires.

Au total, la SNEL estime à environ 205 MW la puissance indisponible à cause de la baisse du niveau des eaux. Un déficit qui représente près du tiers des besoins énergétiques de la ville de Kinshasa, évalués à environ 600 MW.

« Si nous perdons 205 MW, cela équivaut pratiquement à un tiers de la consommation de la ville de Kinshasa », a expliqué le responsable de la production.

L’incivisme pointé du doigt

Au-delà des conditions naturelles, l’ingénieur Makap A Muteb a également dénoncé certaines pratiques de la population qui aggraveraient la situation. Il a notamment évoqué les constructions anarchiques, les dépôts de sable ainsi que les déchets jetés dans le fleuve Congo.

Selon lui, ces éléments contribuent à l’ensablement et à l’obstruction des prises d’eau alimentant les centrales d’Inga I et Inga II, compliquant davantage l’exploitation des installations hydroélectriques.

« Les déchets transportés par le fleuve finissent par bloquer les entrées d’eau de nos centrales. C’est un problème auquel nous sommes confrontés régulièrement », a-t-il indiqué.

Appel à une consommation responsable

Face à cette situation, la SNEL appelle les consommateurs à adopter une utilisation rationnelle de l’électricité afin de limiter les effets des restrictions de production.

L’entreprise assure toutefois poursuivre ses efforts pour maintenir l’équilibre du réseau et protéger les équipements encore en service. Selon les prévisions de ses techniciens, l’amélioration de la situation hydrologique pourrait intervenir à partir de la mi-août, période à laquelle les niveaux du fleuve Congo et de la rivière Inkisi devraient progressivement remonter.

En attendant, la société publique invite la population à faire preuve de compréhension et de civisme, tout en réaffirmant sa volonté de poursuivre la modernisation de ses infrastructures afin de répondre à une demande énergétique en constante augmentation dans la capitale congolaise, dont la population est aujourd’hui estimée à près de 20 millions d’habitants.

KM

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