La République démocratique du Congo (RDC) demeure l’une des crises humanitaires les plus oubliées au monde. Pour la dixième année consécutive, le pays figure parmi les principales crises de déplacement négligées à l’échelle mondiale, selon le dernier rapport du Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC). L’organisation humanitaire alerte sur une aggravation de la situation, marquée par un recul du financement international, une attention politique limitée et des besoins humanitaires en constante augmentation.
Dans son classement annuel publié en juin 2026, le NRC place à nouveau la RDC en deuxième position des crises de déplacement les plus négligées au monde, derrière le Soudan. Cette position récurrente traduit, selon l’organisation, l’insuffisance des réponses apportées par la communauté internationale face à une crise qui touche des millions de personnes depuis plusieurs décennies.
Pour Jan Egeland, secrétaire général du NRC, cette situation résulte davantage d’un manque de volonté politique que d’une incapacité à agir. Il estime que les crises considérées comme peu stratégiques par les pays les plus influents continuent d’être reléguées au second plan, laissant des millions de personnes sans assistance suffisante.
Un financement humanitaire au plus bas
Le rapport met particulièrement en lumière l’ampleur du déficit financier qui frappe la réponse humanitaire en RDC. En 2025, seulement 27,4 % des financements nécessaires ont été mobilisés, soit le taux le plus faible enregistré au cours des dix dernières années.
Cette insuffisance budgétaire a des conséquences directes sur les populations vulnérables. Plus de 21 millions de personnes nécessitant une aide humanitaire risquent d’être privées d’assistance ou de voir les services essentiels réduits. Le NRC souligne qu’il y a une décennie, l’aide internationale représentait environ 55 dollars par personne vulnérable en RDC, contre moins de 33 dollars aujourd’hui.
Pour l’organisation, cette baisse constante des ressources témoigne d’un désengagement progressif des bailleurs internationaux à l’égard d’une crise pourtant persistante et complexe.
L’Est du pays toujours au cœur de la crise
Dans les provinces orientales de la RDC, les populations déplacées continuent de subir les conséquences des conflits armés, de l’insécurité alimentaire, des épidémies et du manque d’accès aux services de base. Les communautés concernées sont souvent confrontées à des déplacements répétés, aggravant leur vulnérabilité.
Le directeur du NRC en RDC, Eric Batonon, rappelle que derrière les statistiques se trouvent des familles confrontées depuis des années à la violence, à l’exil forcé et à l’incertitude. Selon lui, le maintien de la RDC parmi les crises les plus négligées du monde pendant une décennie devrait constituer un signal d’alarme pour la communauté internationale.
L’épidémie d’Ebola complique davantage la situation
À cette crise multidimensionnelle s’ajoute désormais la résurgence d’Ebola. Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) a indiqué que la 17ᵉ épidémie de la maladie, dont l’épicentre se situe dans la province de l’Ituri, a conduit à une révision des besoins humanitaires et des priorités d’intervention jusqu’à la fin de l’année 2026.
Déjà affectée par l’insécurité liée aux groupes armés, cette province doit désormais faire face à une urgence sanitaire supplémentaire, accentuant la pression sur des ressources humanitaires déjà limitées.
Des besoins en forte hausse pour 2026
Face à l’ampleur des besoins, le gouvernement congolais et la communauté humanitaire avaient lancé en janvier dernier un appel de fonds de 1,4 milliard de dollars pour venir en aide aux populations les plus vulnérables.
Cependant, l’évolution de la situation sur le terrain a conduit les Nations Unies à revoir leurs estimations. Selon l’addendum au Plan de réponse humanitaire 2026, le nombre de personnes ayant besoin d’assistance est passé à 18,5 millions. Faute de financements suffisants, les acteurs humanitaires prévoient désormais de concentrer leur action sur 10,8 millions de personnes seulement.
Le budget nécessaire a également été réévalué à la hausse pour atteindre 2,13 milliards de dollars américains, illustrant l’ampleur croissante des défis humanitaires auxquels la RDC est confrontée.
Un appel à la mobilisation internationale
Le rapport du NRC, qui analyse les crises selon la couverture médiatique, le financement humanitaire, l’attention politique et l’ampleur des déplacements, appelle les gouvernements, les bailleurs de fonds et les organisations humanitaires à renforcer leur engagement.
Pour l’organisation, la répétition de la RDC dans ce classement depuis dix ans démontre que les crises prolongées risquent de sombrer dans l’oubli lorsque l’attention mondiale se détourne vers d’autres urgences. Le NRC estime qu’une mobilisation accrue est indispensable pour éviter que des millions de Congolais continuent de vivre sans protection, sans assistance suffisante et sans perspectives d’avenir.
Avec Actualité.cd

