Le gouvernement congolais veut durcir le ton contre l’exploitation illicite des ressources minières. Le ministre d’État en charge de la Justice et Garde des Sceaux, Guillaume Ngefa, a annoncé une série d’actions judiciaires visant à combattre la fraude documentaire, le trafic des minerais et les réseaux de corruption qui alimentent le pillage des richesses de la République démocratique du Congo, particulièrement dans l’Est du pays.
Face à la multiplication des cas de fraude signalés dans le secteur minier, le ministre de la Justice a reçu cette semaine les responsables du Centre d’Expertise, d’Évaluation et de Certification (CEEC), organisme public chargé de la traçabilité des substances minérales. La délégation, conduite par son directeur général Freddy Muamba Kanyinku et le président de son conseil d’administration Dave Kalemba Nkashama, a présenté un état des lieux préoccupant de la situation.
Selon le CEEC, d’importantes quantités de minerais échappent encore aux circuits officiels, privant l’État congolais de recettes considérables. Des pratiques de falsification documentaire et de contrebande continuent de fragiliser les efforts de contrôle et de certification des ressources minières.
À l’issue de cette rencontre, Guillaume Ngefa a affirmé sa volonté de renforcer la réponse judiciaire face à ces infractions. « La justice doit agir avec efficacité », a-t-il insisté, annonçant un suivi accru des dossiers déjà en cours devant les juridictions compétentes.
Mwenga au cœur des préoccupations
La situation du territoire de Mwenga, dans la province du Sud-Kivu, a également été au centre des échanges. Reçu par le ministre, le député national Trésor Lutala Mutiki a dénoncé l’exploitation illégale de plusieurs sites miniers par des réseaux impliquant, selon lui, des opérateurs étrangers et des complicités locales.
L’élu a notamment évoqué des activités menées dans les zones de Kamituga et de Lugushwa, où certaines entreprises opéreraient en dehors du cadre légal, au détriment des populations locales et des finances publiques.
Des enquêtes annoncées
En réaction à ces dénonciations, le ministre de la Justice a donné des instructions pour l’ouverture de procédures et l’émission d’injonctions à l’intention des parquets et juridictions concernés. Les enquêtes devraient porter aussi bien sur les sociétés soupçonnées d’exploitation illégale que sur les éventuelles complicités administratives, militaires ou civiles ayant facilité ces activités.
Cette offensive judiciaire s’inscrit dans la volonté affichée par les autorités de renforcer la gouvernance du secteur minier et de lutter contre les circuits de fraude qui alimentent l’économie parallèle.
Un enjeu stratégique pour l’État
Premier détenteur mondial de plusieurs minerais stratégiques, notamment le cobalt et le coltan, la RDC continue de faire face à d’importants défis en matière de contrôle de ses ressources naturelles. Pour le gouvernement, la lutte contre la fraude minière représente un enjeu majeur de souveraineté économique et de mobilisation des recettes publiques.
En affichant une politique de tolérance zéro contre les auteurs de ces pratiques, Guillaume Ngefa entend faire de la justice un levier central dans la protection du patrimoine minier national et dans la restauration de l’autorité de l’État sur l’ensemble de la chaîne d’exploitation des ressources naturelles.
KM

