RDC–Rwanda : Kinshasa engage la bataille judiciaire à La Haye pour trois décennies de conflits

La République démocratique du Congo a franchi une étape majeure dans son bras de fer avec le Rwanda. Une première réunion procédurale s’est tenue mardi à la Cour internationale de Justice (CIJ) à La Haye, ouvrant officiellement la voie à une procédure judiciaire engagée par Kinshasa pour faire reconnaître la responsabilité de Kigali dans les violences qui secouent l’Est du pays depuis plus de trente ans.

Déposée le 26 juin 2026 devant la plus haute juridiction des Nations Unies, la requête congolaise marque un tournant dans la stratégie diplomatique et juridique de Kinshasa. Après avoir obtenu gain de cause contre l’Ouganda dans une précédente affaire liée aux conflits en Ituri, les autorités congolaises entendent désormais poursuivre leur quête de justice en portant devant la CIJ les accusations qu’elles formulent depuis des années contre le Rwanda.

Conduite par le ministre d’État en charge de la Justice et Garde des Sceaux, Guillaume Ngefa, la délégation congolaise a participé à cette première séance consacrée aux aspects procéduraux de l’affaire. Les échanges ont porté sur les modalités de la procédure, notamment le calendrier de dépôt des mémoires des deux parties.

« En ma qualité de ministre de la Justice et Garde des Sceaux de la RDC, et de co-agent de la RDC auprès de la Cour internationale de Justice, j’ai conduit la délégation congolaise à la réunion des parties au différend introduit par la RDC contre le Rwanda », a déclaré Guillaume Ngefa.

Kinshasa veut faire reconnaître la responsabilité de Kigali

Au cœur de la plainte congolaise figurent des accusations de violations du droit international, notamment le soutien présumé à des groupes armés opérant dans l’Est de la RDC, les atteintes aux populations civiles et l’exploitation illicite des ressources naturelles. Des griefs que Kigali a toujours rejetés, niant toute implication dans les conflits qui déstabilisent la région depuis les années 1990.

Pour les autorités congolaises, cette procédure représente l’occasion de porter devant une juridiction internationale les éléments accumulés au fil des années afin d’obtenir une reconnaissance judiciaire des préjudices subis.

Une procédure appelée à durer

La réunion de mardi ne portait pas encore sur le fond du dossier. La CIJ devra prochainement fixer, par ordonnance, les délais de dépôt des arguments écrits des deux parties avant d’entamer l’examen des questions de fond.

Selon les spécialistes du droit international, ce type de contentieux peut s’étendre sur plusieurs années avant qu’un jugement définitif ne soit rendu.

Un enjeu symbolique pour les victimes

Au-delà de la dimension juridique, cette initiative est perçue par de nombreux Congolais comme une démarche de reconnaissance pour les millions de victimes des conflits qui ont ravagé l’Est du pays depuis plus de trois décennies.

À Goma, Bukavu, Bunia et dans plusieurs localités affectées par l’insécurité, l’ouverture de cette procédure suscite l’espoir de voir enfin examinées devant une instance internationale les responsabilités dans les violences, les déplacements forcés et les destructions qui ont marqué la région.

En portant son différend avec le Rwanda devant la CIJ, la RDC fait ainsi le pari du droit international pour tenter d’obtenir justice et faire entendre sa voix sur la scène mondiale. La bataille judiciaire ne fait que commencer, mais pour Kinshasa, le signal est clair : la question de l’Est du pays sera désormais aussi portée devant les tribunaux internationaux.

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