Le cap est franchi, et il est glacial. Avec plus de 600 morts et 1.759 cas confirmés, l’épidémie de virus Ebola vient de basculer dans une dimension supérieure. Ce n’est plus seulement une crise sanitaire localisée en Ituri ; c’est une menace nationale qui s’étend désormais vers la Tshopo et le Haut-Uele. L’apparition de cas suspects à Kisangani, dont l’un sans aucun lien géographique connu avec le foyer initial, confirme ce que nous redoutions tous : le virus voyage plus vite que la riposte.
Face à cette progression fulgurante, nous ne faisons pas seulement face à une urgence médicale, mais à une faillite logistique et humaine qui pourrait transformer cette flambée en catastrophe humanitaire incontrôlable.
Ce qui rend cette crise particulièrement terrifiante, c’est l’identité du tueur. Nous ne faisons pas face à la souche habituelle, mais au virus Ebola de Bundibugyo. Une souche rare pour laquelle il n’existe, à ce jour, ni vaccin ni traitement homologué.
Dans cette guerre biologique, les équipes médicales avancent sans bouclier vaccinal, armées de leur seul courage. Or, c’est précisément ce courage que le Gouvernement est en train de décourager.
Comment espérer gagner une guerre quand on prive ses soldats de munitions et de pain ? L’annonce du débrayage des professionnels de santé en Ituri est un coup de massue. Depuis le 15 mai, ces hommes et ces femmes risquent leur vie au quotidien sans percevoir leurs salaires ni leurs primes. À cela s’ajoutent un manque criant d’équipements de protection de base et un sentiment profond de mépris de la part des autorités.
Il n’y a plus de temps pour les promesses bureaucratiques ou les enquêtes sans fin. Le gouvernement congolais et les partenaires internationaux, OMS en tête, doivent opérer un sursaut immédiat.
Payer les soignants sans délai : C’est une obligation morale et stratégique. Le front médical doit être réactivé immédiatement.
Sécuriser et équiper la première ligne : Fournir le matériel nécessaire pour éviter que les centres de santé ne deviennent des clusters de transmission.
Traquer les chaînes de transmission : Faire la lumière absolue sur le cas suspect « sans lien apparent » de Kisangani pour anticiper de nouveaux foyers.
Si rien n’est fait pour inverser la tendance, si le personnel de santé reste en grève et si le virus continue sa course vers les grands centres urbains, les 600 morts d’aujourd’hui ne seront que le prologue d’un drame bien plus sombre. L’alerte est maximale. Il est encore temps d’agir, mais les minutes sont comptées.
KM

